Ghana pleure la disparition de Daddy Lumba, icône de la highlife
Le monde de la musique ghanéenne en deuil
Accra, Ghana – 26 juillet 2025 – Le Ghana, berceau de la highlife et de nombreuses légendes musicales, est plongé dans la tristesse suite au décès de Charles Kwadwo Fosu, mondialement connu sous le nom de Daddy Lumba. L’artiste s’est éteint samedi 26 juillet 2025 à l’âge de 60 ans, après une courte maladie, à l’hôpital The Bank Hospital de Cantonments, Accra, comme l’a confirmé sa famille. Cette disparition marque la fin d’une ère pour une musique qui incarne l’âme du pays, et suscite une onde de choc à travers la diaspora africaine.
Les origines et l’ascension prodigieuse d’une légende
Né le 29 septembre 1964 à Nsuta, dans la région Ashanti, Daddy Lumba s’impose dès ses débuts comme une figure incontournable de la highlife ghanéenne. Son parcours démarre véritablement en 1989, avec la sortie de son premier album « Yɛɛyɛ Aka Akwantuo Mu », réalisé en duo avec Nana Acheampong, sous le nom des Lumba Brothers. Il amorce alors une brillante carrière solo qui le conduira à la réalisation de 34 albums, marqués par des titres immortels comme « Aben Wo Ha », « Theresa » ou encore « Yentie Obiaa ».
Lumba incarne une nouvelle génération de la highlife, alliant tradition et modernité, grâce à une maîtrise parfaite de la mélodie et du texte, et à une capacité à intégrer des éléments contemporains à une identité musicale profondément ghanéenne.
La highlife : racines, évolution et portée culturelle
Le genre highlife, dans lequel Daddy Lumba s’est illustré, plonge ses racines dans la fin du XIXe siècle, alors que la Côte-de-l’Or (actuel Ghana) voit émerger un style fusionnant rythmes traditionnels africains, instruments à vent importés, swing, jazz et blues. La highlife se développe dans les clubs huppés d’Accra et de Cape Coast, au goût de l’aristocratie locale et des expatriés. Tandis que les orchestres tels que Jazz Kings et Cape Coast Sugar Babies font danser les élites, le genre s’ouvre progressivement à toutes les classes sociales, et finit par gagner la sous-région ouest-africaine, notamment le Nigéria.
Au fil des décennies, la highlife évolue, s’adaptant aux influences de la pop, du jazz ou encore du hip-hop, tout en gardant une base rythmique puisée dans le patrimoine local. Cette tradition de mélange et d’innovation continuera d’inspirer Daddy Lumba tout au long de sa carrière.
Un patrimoine musical inestimable
Daddy Lumba laisse derrière lui une discographie impressionnante : 34 albums, dont de nombreux tubes populaires devenus des classiques, diffusant largement la highlife au Ghana comme à l’étranger. Parmi les titres emblématiques, « Aben Wo Ha » et « Yentie Obiaa » transcendent les générations et s’invitent aussi bien dans les mariages, fêtes et rassemblements que dans la sphère politique, démontrant la capacité de Lumba à capturer et porter la voix du peuple.
Avec son single « Gyama Abɔ Woso », sorti en 2024, Lumba prouve l’actualité et la puissance de son influence, capable, plus de 35 ans après ses débuts, de continuer à rassembler autour de la musique highlife. Son art, fait d’harmonies sophistiquées et d’observations sociales aiguës, reflète une vision nuancée de la société ghanéenne, oscillant entre célébration, nostalgie et commentaire implicite des mutations du pays.
Mentor et bâtisseur de la scène musicale ghanéenne
Au-delà de ses talents d’interprète et de compositeur, Daddy Lumba occupe une place centrale dans la transmission de la highlife. Il a guidé et inspiré plusieurs artistes aujourd’hui majeurs, à l’image d’Ofori Amponsah, Felix Owusu ou Ateaa Tina. Par cet engagement, Lumba a façonné plusieurs générations de musiciens, contribuant ainsi à la vitalité et la diversité de la scène musicale locale.
En 2022, il fonde la radio DLFM 106.9, première station Twi de divertissement, positionnant la langue et la culture ghanéenne au cœur de la modernité médiatique.
L’impact économique et culturel de Daddy Lumba
L’apport de Daddy Lumba à l’économie musicale ghanéenne est considérable. Les ventes records de ses albums, ses concerts régulièrement à guichets fermés et l’engouement suscité par chaque nouvelle sortie renforcent l’industrie musicale nationale, créant emplois et opportunités pour les jeunes talents. Sa capacité à attirer un large public, tant local qu’international, contribue à la visibilité de la musique ghanéenne sur la scène mondiale.
Les festivals et événements célébrant la highlife, souvent portés par son nom ou ses chansons, peuvent générer une activité économique directe conséquente : affluence touristique, ventes de billets, dynamisation de l’hôtellerie et du commerce de proximité autour des lieux de spectacle.
Réactions et hommages : le Ghana uni dans la douleur
Dès l’annonce de la disparition de l’artiste, les hommages ont afflué de toutes parts. L’ancien Vice-Président du Ghana, Dr. Mahamudu Bawumia, salue « un pilier du genre highlife », tandis que des figures médiatiques telles que Serwaa Amihere témoignent, à travers un mélange d’admiration et de tristesse, de l’empreinte laissée par Lumba sur plusieurs générations.
Des fans éplorés se recueillent devant l’hôpital de Cantonments, brandissant banderoles, bouquets et paroles de gratitude pour une vie consacrée à la musique et au service de la nation ghanéenne.
La famille du défunt a demandé le respect de son intimité et annoncé la publication prochaine du programme des obsèques, qui devrait donner lieu à un hommage national à la hauteur de l’influence du chanteur.
La highlife et ses parallèles régionaux
La highlife, élevée par Daddy Lumba, s’illustre aussi hors des frontières ghanéennes, particulièrement au Nigéria, où on observe l’émergence de sous-genres comme l’Igbo-highlife, ainsi que dans d’autres nations d’Afrique de l’Ouest telles que la Sierra Leone ou le Liberia.
Le Nigéria, qui a accueilli la highlife dans ses grandes métropoles à partir des années 1930, en fera une musique de masse, l’intégrant à la culture urbaine et conduisant à la naissance de genres dérivés comme le juju ou le burger highlife. Mais si l’impact au Nigeria est considérable, la figure d’un Daddy Lumba reste proprement ghanéenne : il symbolise l’appropriation locale, l’innovation constante et le dialogue entre racines et modernité.
Héritage et transmission : Daddy Lumba, voix de l’amour et de la résilience
Par ses textes, Lumba a célébré l’amour, la résilience et la vie quotidienne, traduisant en mélodies et en mots les aspirations d’un peuple, ses épreuves, sa joie de vivre. Son style, à la fois raffiné et ouvert à toutes les classes sociales, aura permis à la highlife de traverser les bouleversements économiques et culturels des dernières décennies sans jamais perdre son authenticité.
Vers un avenir pérenne de la highlife
La highlife, genre-clef de l’identité musicale ghanéenne et vecteur de rayonnement panafricain, a su, sous l’impulsion de figures majeures comme Daddy Lumba, se réinventer pour rester d’actualité dans un environnement culturel globalisé. Les jeunes artistes, formés à son école, poursuivent aujourd’hui cette aventure, garantissant la survie et l’évolution d’un patrimoine vivant.
Il ne fait guère de doute que le nom et la voix de Daddy Lumba, porteurs d’espoir et d’énergie collective, continueront à inspirer un Ghana en pleine effervescence culturelle et à rappeler à chacun que la highlife, c’est aussi l’art de « vivre haut » — dans la musique, comme dans le cœur du peuple.