Washington Post : Vague de démissions et d’annulations d’abonnements après des choix éditoriaux controversés
Le Washington Post traverse une crise majeure après une série de décisions éditoriales polémiques, marquant une rupture avec ses traditions historiques. Le journal a annoncé la fin de ses prises de position lors des élections présidentielles, une première depuis des décennies. Cette décision, présentée par la direction comme un retour à l’indépendance du quotidien, a provoqué la démission d’un tiers du comité éditorial et la résiliation de plus de 75 000 abonnements numériques en quelques jours.
La polémique s’est intensifiée lorsque Jeff Bezos, propriétaire du journal, a déclaré que la section opinions ne publierait désormais que des points de vue favorables aux « libertés individuelles » et au « libre marché », écartant les opinions divergentes. Bezos a justifié ce virage en expliquant que « l’internet se charge de présenter les opinions opposées » et que le Post doit défendre ces deux piliers. Ce repositionnement éditorial a été perçu par de nombreux journalistes comme une ingérence directe et sans précédent du propriétaire dans la ligne éditoriale du journal.
Plusieurs figures emblématiques du Post, dont la dessinatrice de presse Ann Telnaes et l’éditorialiste Ruth Marcus, ont démissionné en signe de protestation. Telnaes a quitté le journal après le refus de publication d’un dessin critiquant les milliardaires américains et Donald Trump, une décision prise par le rédacteur en chef de la page opinions, David Shipley, lui-même démissionnaire peu après. D’autres journalistes ont dénoncé la perte de diversité idéologique et la transformation du Post en « porte-voix de son propriétaire ».
La vague de désabonnements n’est que la dernière manifestation d’un malaise plus profond. Depuis l’automne dernier, le Washington Post a perdu près de la moitié de son audience numérique, en partie à cause de la décision de Bezos de bloquer l’endossement de Kamala Harris lors de la présidentielle de 2024, ce qui avait déjà entraîné le départ de centaines de milliers d’abonnés. Les critiques pointent également un manque de diversité dans les postes de direction et une perte de crédibilité éditoriale, exacerbée par la publication récente d’une correction majeure sur un article concernant les opérations israéliennes à Gaza.
Face à cette crise, la direction du Washington Post maintient sa volonté de recentrer l’opinion sur les thèmes du libertarianisme, malgré la colère d’une partie de la rédaction et de ses lecteurs historiques. L’avenir du journal, longtemps considéré comme un pilier du journalisme indépendant aux États-Unis, apparaît aujourd’hui incertain, alors que la question de l’influence des grands propriétaires sur la presse revient au cœur du débat public.