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Royaume-Uni : La chanceliĂšre Reeves face Ă  un dĂ©ficit de 50 milliards de livres, hausse des impĂŽts en vueđŸ”„60

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Le Chancelier britannique face Ă  un dĂ©ficit budgĂ©taire record de 50 milliards de livres : des hausses d’impĂŽts en perspective

Londres, 7 aoĂ»t 2025 – Rachel Reeves, la ChanceliĂšre de l’Échiquier du Royaume-Uni, se trouve confrontĂ©e Ă  un dĂ©fi historique : un dĂ©ficit budgĂ©taire qui atteint dĂ©sormais 50 milliards de livres sterling. Le contexte Ă©conomique dĂ©jĂ  fragile aggrave les craintes d’une cascade de hausses d’impĂŽts, alors que les perspectives de croissance ralentissent et que la confiance des entreprises montre des signes alarmants d’érosion.

Déficit budgétaire sans précédent : origines et conséquences

Selon plusieurs analyses issues du National Institute of Economic and Social Research (NIESR) et relayĂ©es par les principaux mĂ©dias Ă©conomiques, Rachel Reeves fait face Ă  un trou fiscal Ă©valuĂ© entre 41 et 51 milliards de livres, Ă  combler dĂšs le prochain budget d’automne. Ce gouffre budgĂ©taire rĂ©sulte d’une combinaison de facteurs : croissance plus faible que prĂ©vue, recettes fiscales dĂ©cevantes, augmentation inattendue des dĂ©penses publiques, et l’annulation rĂ©cente de rĂ©ductions sur les aides sociales et les subventions au chauffage hivernal.

La conjoncture s’est dĂ©tĂ©riorĂ©e depuis le printemps : la croissance du PIB s’est tassĂ©e, la productivitĂ© stagne, et les rentrĂ©es fiscales ont pĂąti l’effet conjuguĂ© d’un repli des investissements et d’un contexte d’attentisme chez les hauts revenus. Le Brexit, l’inflation persistante (3,3% prĂ©vue en 2025), et la faiblesse de la livre sterling complexifient davantage la trajectoire des finances publiques britanniques.

Des arbitrages budgétaires douloureux et inévitables

Rachel Reeves, fidĂšle jusqu’à prĂ©sent Ă  sa doctrine d’« ironclad fiscal rules », laissait entendre en dĂ©but d’annĂ©e vouloir Ă©radiquer le dĂ©ficit structurel d’ici 2030 — soit l’échĂ©ance du mandat du Bureau pour la responsabilitĂ© budgĂ©taire (Office for Budget Responsibility, OBR). Or, face Ă  l’ampleur du manque Ă  gagner, la ChanceliĂšre devra opĂ©rer des choix difficiles : augmenter significativement la fiscalitĂ©, sabrer des pans entiers de la dĂ©pense publique, ou revoir sa stratĂ©gie budgĂ©taire de base.

Les experts estiment que faute de coupes massives — politiquement impossibles dans le contexte actuel, selon les dĂ©clarations des travaillistes eux-mĂȘmes — Reeves se verrait contrainte d’adopter, dans le budget d’automne, une batterie de mesures fiscales impopulaires. En ligne de mire figurent l’augmentation des “sin taxes” (alcool, tabac), le prolongement du gel des seuils d’imposition sur le revenu, ainsi qu’une possible refonte de la taxe d’habitation (council tax).

Impact sur les entreprises, l’emploi et la consommation

L’annonce du dĂ©ficit, assortie des rumeurs persistantes de futures hausses d’impĂŽts, s’est aussitĂŽt rĂ©percutĂ©e sur le climat des affaires britannique. D’aprĂšs les fĂ©dĂ©rations patronales, l’incertitude fiscale pĂšse sur les investissements, tandis que bon nombre d’entreprises, surtout dans le commerce et le secteur manufacturier, Ă©voquent des plans de rĂ©duction d’effectifs en anticipation d’une demande intĂ©rieure en berne.

La baisse de la consommation, attribuĂ©e Ă  l’érosion progressive du pouvoir d’achat et Ă  la hausse des coĂ»ts de l’énergie et de l’alimentation, inquiĂšte particuliĂšrement les acteurs du commerce de dĂ©tail. Certains indicateurs suggĂšrent dĂ©jĂ  une contraction des ventes depuis plusieurs mois, accentuant la pression sur l’emploi surtout dans le secteur des services.

Conséquences sociales et perception du public

Le rapport du NIESR souligne que si le niveau de vie moyen pourrait recommencer Ă  croĂźtre lĂ©gĂšrement pour la majoritĂ© des mĂ©nages britanniques lors de l’exercice fiscal 2025/26, le dĂ©cile le plus pauvre de la population connaĂźtrait quant Ă  lui une dĂ©gradation notable. Ces mĂ©nages, exposĂ©s de maniĂšre disproportionnĂ©e Ă  la hausse des prix du logement, de l’alimentation et de l’énergie, subissent Ă©galement de plein fouet le prolongement du gel du seuil d’imposition.

Dans la rue, la crispation monte, notamment dans les grandes villes et rĂ©gions industrielles, oĂč syndicats et associations s’organisent pour faire pression sur le gouvernement. Le spectre d’un “pauper’s budget” (budget d’appauvrissement), tel qu’il est qualifiĂ© par certains mĂ©dias, renforce la dĂ©fiance Ă  l’égard de l’exĂ©cutif actuel.

Contexte historique et évolutions des politiques fiscales

Pour prendre la mesure de la situation actuelle, il faut rappeler que la trajectoire de la dette et du dĂ©ficit du Royaume-Uni a souvent contraint les gouvernements Ă  naviguer avec prudence. En 2010, Ă  la suite de la crise financiĂšre mondiale, Londres avait dĂ©jĂ  optĂ© pour une politique d’austĂ©ritĂ© sĂ©vĂšre afin de ramener la dette sous contrĂŽle. Aujourd’hui, la configuration est diffĂ©rente : l’inflation portĂ©e par les crises Ă©nergĂ©tique et gĂ©opolitique, la pression sur les finances sociales et la persistance d’un marchĂ© du travail fragile limitent sĂ©rieusement la marge de manƓuvre des autoritĂ©s budgĂ©taires.

Les promesses Ă©lectorales du parti travailliste, qui affirmait ne “pas toucher Ă  l’impĂŽt sur le revenu, la TVA ou les cotisations sociales pour les travailleurs ordinaires”, se voient remises en question par la rĂ©alitĂ© arithmĂ©tique des finances publiques.

Comparaisons rĂ©gionales : le casse-tĂȘte du financement public en Europe occidentale

Le Royaume-Uni n’est pas seul Ă  affronter une crise budgĂ©taire post-pandĂ©mie. En Allemagne, le frein Ă  l’endettement constitutionnel a conduit, en 2023 et 2024, Ă  des arbitrages drastiques sur la dĂ©pense publique, en particulier dans la santĂ© et les Ă©nergies renouvelables. La France, elle, accumule Ă©galement les dĂ©ficits dĂ©passant les 5% du PIB et vient d’annoncer une sĂ©rie de coupes ciblĂ©es sans prĂ©cĂ©dent depuis la crise des gilets jaunes.

Toutefois, la structure fiscale britannique — trĂšs dĂ©pendante de l’impĂŽt sur le revenu et des cotisations sociales — rend l’équation plus complexe que sur le continent. S’ajoute Ă  cela un secteur de la City encore en recomposition depuis le Brexit, et une productivitĂ© structurellement moins dynamique qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas. Les observateurs internationaux examinent ainsi avec attention les choix de Rachel Reeves, tant ils pourraient servir de modĂšle ou de contre-exemple dans la gestion post-crise des finances publiques.

ScĂ©narios possibles pour la suite : hausse d’impĂŽts gĂ©nĂ©ralisĂ©e ou rĂ©forme profonde ?

Plusieurs Ă©conomistes plaident pour une rĂ©forme de la fiscalitĂ© locale — notamment une modernisation de la council tax hĂ©ritĂ©e des annĂ©es 1990 — ainsi qu’une suppression progressive du gel des seuils d’imposition. D’autres prĂ©conisent, Ă  rebours, d’assumer la nĂ©cessitĂ© Ă  court terme d’un accroissement temporaire du dĂ©ficit afin de prĂ©server l’investissement public et soutenir la croissance Ă  long terme.

À la veille de la rentrĂ©e politique, la pression est donc Ă  son comble sur le gouvernement Starmer et sur Rachel Reeves. Le projet de budget d’automne, dĂ©voilĂ© dans quelques semaines, sera un test dĂ©cisif de crĂ©dibilitĂ© pour l’équipe Ă©conomique Ă  la tĂȘte du pays. Les marchĂ©s, quant Ă  eux, observent attentivement le niveau des taux d’emprunt britannique, prudents face au risque de surchauffe budgĂ©taire.

Réaction des marchés financiers et perspectives à court terme

La livre sterling a dĂ©jĂ  montrĂ© des signes de volatilitĂ© en rĂ©action aux rumeurs de hausses d’impĂŽts et d’incertitude sur la trajectoire budgĂ©taire. Les taux Ă  10 ans sur la dette britannique sont lĂ©gĂšrement remontĂ©s en ce dĂ©but aoĂ»t, signe de la dĂ©fiance de certains investisseurs internationaux face Ă  l’ampleur de l’ajustement exigĂ©.

Sur le plan macroĂ©conomique, les prĂ©visions de croissance pour 2025 ont Ă©tĂ© revues Ă  la hausse (1,3% contre 1,2% auparavant), mais restent infĂ©rieures Ă  celles prĂ©vues par l’Office for Budget Responsibility. Surtout, la croissance attendue Ă  l’horizon 2028 se situerait entre 1 et 1,7%, rĂ©vĂ©lant une dynamique Ă©conomique encore fragile et trĂšs dĂ©pendante de la conjoncture mondiale.

Conclusion : une équation budgétaire sans solution facile

Entre impĂ©ratifs de rigueur, nĂ©cessitĂ© de prĂ©server l’investissement et pressions sociales croissantes, le Royaume-Uni affronte une Ă©quation budgĂ©taire redoutablement complexe Ă  la veille de l’automne 2025. Les prochaines mesures fiscales dĂ©voilĂ©es par la ChanceliĂšre Reeves donneront le ton d’une Ăšre nouvelle de rigueur ou, Ă  l’inverse, d’audace budgĂ©taire dans la gestion d’une Ă©conomie britannique en quĂȘte de stabilitĂ©.

Nombre d’experts s’accordent Ă  dire que, quelle que soit l’issue, ce “trou fiscal” de 50 milliards de livres marquera l’histoire Ă©conomique rĂ©cente du pays et influencera durablement les choix politiques et budgĂ©taires de ses voisins europĂ©ens.