TrĂ©sorier amĂ©ricain Scott Bessent : au cĆur des polĂ©miques et des choix stratĂ©giques de lâĂ©conomie amĂ©ricaine
Washington, D.C. â 15 aoĂ»t 2025 â Le nom de Scott Bessent, TrĂ©sorier des Ătats-Unis depuis le 28 janvier 2025, sâimpose dĂ©sormais comme un point de convergence majeur entre les orientations Ă©conomiques de lâadministration Trump, lâagitation du dĂ©bat public et lâĂ©volution des Ă©quilibres financiers mondiaux. Ancien gestionnaire de fonds spĂ©culatif, universitaire et figure ouvertement LGBTQ, Bessent navigue une pĂ©riode de profonde transformation, entre ambitions de « renaissance Ă©conomique », exigences dâinnovation monĂ©taire et crispations partisanes.
Un parcours atypique, entre haute finance et service public
NĂ© Ă Conway, en Caroline du Sud, le 21 aoĂ»t 1962, Scott Kenneth Homer Bessent sort diplĂŽmĂ© de Yale en 1984 avant de sâengager dans la finance internationale. Dâabord repĂ©rĂ© chez Brown Brothers Harriman et Olayan Group, il acquiert sa rĂ©putation chez Soros Fund Management, oĂč il se distingue lors du « mercredi noir » de 1992 â contribuant Ă gĂ©nĂ©rer plus dâun milliard de dollars lors de la crise de la livre sterling. Plus tard, il joue aussi un rĂŽle clĂ© en pariant avec succĂšs contre le yen japonais en 2013. Fondateur du fonds Key Square Group, son expertise en macro-investissement, en devises et en produits obligataires, lui vaut la reconnaissance internationale.
En novembre 2024, le prĂ©sident Donald Trump choisit Bessent comme SecrĂ©taire au TrĂ©sor pour son second mandat. Il prend officiellement ses fonctions aprĂšs une confirmation confortable au SĂ©nat (68 voix contre 29) le 27 janvier 2025. Il devient ainsi le premier homme ouvertement homosexuel Ă diriger le dĂ©partement du TrĂ©sor et occupe lâun des plus hauts rangs de lâadministration fĂ©dĂ©rale jamais atteints par un membre de la communautĂ© LGBTQ.
Piloter lâagenda Trump : Tarifs douaniers, innovations et rĂ©ponses aux crises
Lâadministration Biden laissait en hĂ©ritage un environnement marquĂ© par des tensions gĂ©opolitiques, des incertitudes autour des chaĂźnes dâapprovisionnement et la difficile reprise post-pandĂ©mie. TrĂšs vite, Scott Bessent impose son sceau sur la politique Ă©conomique du pays.
Il sâinvestit dans la mise en Ćuvre de nouvelles taxes douaniĂšres, notamment Ă lâĂ©gard du Japon et de la Chine. Ces mesures, conçues pour « protĂ©ger lâindustrie amĂ©ricaine », entendent aussi rĂ©pondre Ă des pressions politiques internes, notamment la dĂ©sindustrialisation de certaines rĂ©gions du Midwest et du Sud des Ătats-Unis. Bessent martĂšle un message de confiance dans lâavenir Ă©conomique amĂ©ricain, tout en affirmant la nĂ©cessitĂ© dâune gestion fiscale responsable et dâapproches novatrices sur le calcul dĂ©centralisĂ© (computing) et les paiements numĂ©riques. Il voit dans les monnaies digitales, non pas la fin, mais le nouvel horizon de la puissance financiĂšre amĂ©ricaine.
Controverses et fausses informations : lâexemple de la rĂ©forme fiscale
Dans ce climat, le TrĂ©sor doit Ă©galement faire face Ă de vives controverses. Une campagne en ligne â issue dâun compte suspendu sur les rĂ©seaux sociaux â lâaccuse Ă tort de vouloir supprimer lâimpĂŽt sur le revenu au profit dâune taxe sur la consommation et dâun retour Ă une monnaie adossĂ©e Ă lâor. Le dĂ©partement du TrĂ©sor publie aussitĂŽt un dĂ©menti ferme, soulignant la faussetĂ© de ces allĂ©gations. Ce coup dâĂ©clat montre lâacuitĂ© des enjeux de communication pour Bessent et son Ă©quipe, confrontĂ©s Ă la viralitĂ© des fake news dans un contexte de polarisation extrĂȘme.
Nouvelles responsabilitĂ©s et dĂ©fis : lâaffaire des « debanking » conservateurs
DĂ©but aoĂ»t, le TrĂ©sorier se voit confier par Stephen Miller un nouveau rĂŽle de supervision face Ă la montĂ©e du « debanking » â la fermeture controversĂ©e de comptes bancaires de clients conservateurs â dans certains Ă©tablissements financiers. Cette mission, hautement politique, cible une prĂ©occupation croissante de la droite amĂ©ricaine et souligne la tĂąche dĂ©licate de Bessent : prĂ©server la stabilitĂ© du systĂšme financier tout en apaisant les tensions idĂ©ologiques.
En parallĂšle, il participe Ă la rĂ©vision de certains accords commerciaux mal calibrĂ©s, ajuste les tarifs imposĂ©s sur les produits japonais, et promeut une coopĂ©ration renforcĂ©e avec le BrĂ©sil sur les minerais stratĂ©giques â secteur-clĂ© dans la rivalitĂ© technologique avec la Chine.
StratĂ©gies Ă©conomiques : entre soutien Ă lâoffre et critiques des rĂ©formes sociales
La politique Ă©conomique de Bessent sâarticule autour de la dĂ©fense de rĂ©ductions dâimpĂŽts et dâune fiscalitĂ© favorable Ă lâoffre, inspirĂ©e de son parcours dans la finance mondiale. Mais une de ses propositions les plus impopulaires auprĂšs de lâopposition : la privatisation partielle du systĂšme de sĂ©curitĂ© sociale. Durement critiquĂ©e par les dĂ©mocrates, cette suggestion dĂ©clenche des dĂ©bats enflammĂ©s sur lâĂ©quitĂ© et la viabilitĂ© du filet social amĂ©ricain.
Toujours prompt Ă dĂ©fendre ses choix, Bessent sâappuie sur son expĂ©rience de macro-investisseur pour vanter la capacitĂ© des marchĂ©s Ă stimuler la croissance, tout en rejetant lâidĂ©e dâun « retour en arriĂšre » vers des contrĂŽles stricts ou une nationalisation accrue de certains pans de lâĂ©conomie. Sa rĂ©cente confrontation avec un Ă©lu dĂ©mocrate sur la politique fiscale illustre un style affirmĂ©, voire parfois clivant, que dâaucuns jugent Ă©nergique et pragmatique.
Contexte comparatif : les Ătats-Unis Ă lâĂ©preuve des rivalitĂ©s globales
Lâapproche de Bessent, tout en priorisant lâintĂ©rĂȘt national, sâinscrit dans un contexte marquĂ© par une resynchronisation des politiques Ă©conomiques des grandes puissances. LâUnion europĂ©enne, soumise Ă des dĂ©fis similaires (inflation, rĂ©silience industrielle, protection des chaĂźnes dâapprovisionnement), mise, elle, davantage sur le renforcement du marchĂ© unique et des rĂšgles de concurrence. La Chine, quant Ă elle, rĂ©pond par une intensification du soutien dâĂtat Ă ses gĂ©ants nationaux et par une diplomatie commerciale plus offensive.
Sur le terrain des minerais rares, la coopĂ©ration transatlantique et les nouvelles alliances sud-amĂ©ricaines sont scrutĂ©es de prĂšs. Le dossier brĂ©silien, pilotĂ© par Bessent, vise Ă sĂ©curiser un approvisionnement alternatif aux circuits dominĂ©s par la Chine, enjeu capital pour lâindustrie automobile, lâĂ©lectronique, et la transition verte des Ătats-Unis. Cette stratĂ©gie, saluĂ©e pour sa vision, nâest pas sans rappeler les grandes ruptures du passĂ©, lors de la montĂ©e de lâOPEP ou des crises pĂ©troliĂšres.
Enjeux macroéconomiques : impact et réception
Sur le plan macroĂ©conomique, la doctrine dĂ©fendue par Bessent provoque Ă la fois espoir et incertitude. Les partisans de la « Bessentomics » vantent la dynamique de lâinvestissement privĂ© et la perspective dâun dollar fort, moteurs de lâattractivitĂ© amĂ©ricaine. Les dĂ©tracteurs, eux, redoutent un creusement des inĂ©galitĂ©s, une hausse du service de la dette et une exposition accrue aux chocs mondiaux.
La communautĂ© financiĂšre, traditionnellement prudente, observe avec attention le rĂ©cent bras de fer opposant Bessent Ă Elon Musk autour de la gouvernance du TrĂ©sor, ainsi que la nomination de ses alliĂ©s Ă la tĂȘte du fisc. La stabilitĂ© des marchĂ©s, la courbe des taux et lâĂ©volution de la dette publique sont au centre de tous les bulletins dâanalyse depuis son arrivĂ©e Ă Washington.
Réactions du public et perspectives
Lâopinion publique rĂ©agit avec intensitĂ© Ă chaque intervention du SecrĂ©taire au TrĂ©sor. Si certains louent son franc-parler et son expertise indĂ©niable, dâautres sâinquiĂštent de la complexitĂ© croissante des enjeux politiques et techniques. Les annonces concernant la mutation des infrastructures de paiement, lâintĂ©gration technologique du secteur bancaire, et le pilotage des partenariats stratĂ©giques suscitent aussi leur lot dâattentes et de craintes, notamment chez les petites entreprises et les mĂ©nages les plus vulnĂ©rables.
Au lendemain dâune pĂ©riode marquĂ©e par lâincertitude, Scott Bessent incarne une forme de continuitĂ© â celle dâune AmĂ©rique cherchant Ă renforcer sa souverainetĂ© et Ă sâinventer une nouvelle modernitĂ© Ă©conomique, mais aussi une rupture, par son style tranchant, ses rĂ©seaux mondiaux, et sa volontĂ© de bousculer durablement le statu quo.
Dans la tempĂȘte des enjeux Ă©conomiques de 2025, la trajectoire de Scott Bessent sera dĂ©terminante pour les Ătats-Unis, mais aussi, par ricochet, pour les grands Ă©quilibres du XXIe siĂšcle.